Finalement, cette entrevue avec Justin, le Dominus de cette cité, s'était révélée plus productive que prévu.
Nicole était encore surprise de cette collaboration entre deux Clans. Mais elle ne se leurrait pas quant à sa cause : l'orgueil de Justin avait été froissé lorsqu'elle lui avait révélé que
Bismarck agissait dans sa ville en totale impunité. “Je ne tolérerai pas de tels agissements plus longtemps ! s'était écrié le Dominus après qu'elle lui ait exposé la situation.
- Vous n'avez donc pas lu la presse ? Les journaux n'ont pas cessé d'en parler
depuis des mois ! “ Sous le coup de l'émotion, elle avait ôté ses lunettes. Ses iris argentés sucitèrent un mélange de curiosité et d'effroi parmis les vampires de la cours de Justin. Celui-ci
tenta de dissimuler ssa gêne, non sans mal. “Bien sûr que nous sommes au courant pour tous ces meutres. Nous lisons les journaux, que croyez-vous ? Seulement... seulement, j'ai cru qu'il
s'agissait d'affaires humaines. Une simple affaire de... bétail.” Evidemment, ils n'avaient pas eu accès à la totalité des informations, ils ignoraient tout des traces de morsures laissées sur le
cou des victimes. Mais le pire dans toute cette histoire, c'est que le Dominus Gangrel de cette cité prenne comme un affront personnel les agissements de Bismarck. Nicole soupira au souvenir du
temps perdu passé à exposer ses motivations à traquer ce monstre de Bismarck. Justin lui avait déclaré vouloir juger du bien-fondé de cette chasse. La vérité était bien moins reluisante :
Justin voulait d'une part afficher son autorité de Dominus et d'autre
part faire sentir cette dernière à cette petite chasseresse Tremere. Elle avait donc joué le jeu, jusqu'au à un certain point, du moins. Lorsqu'elle avait jugé qu'il commençait à aller trop loin
et qu'elle perdait son temps, elle lui avait fait remarquer que pour un Dominus, il était négligeant dans l'administration de son territoire. Toute cette politique lui donnait la
nausée.
Mais au final, elle avait obtenu ce qu'elle était venue chercher : le Dominus avait mandaté quelques membres de
son Clan pour assister Nicole dans sa traque. Ne rien faire aurait signifié qu'il tolérait le séjour de Bismarck, un criminel de la pire espèce aux yeux de sa propre race, sur son territoire. Ce
qui aurait pu sous-entendre qu'il tolérait son crime. Position bien inconfortable pour un Dominus. Assassiner son chef de Clan était un crime impardonnable qu'aucun Dominus ne peut
supporter.
Justin lui avait adjoint l'aide de deux vampires : Martha et Sören. L'une se complaisait à porter des tenues de
cuir, moulantes à souhait qui mettaient sa silhouette mausclée en valeur. Ses yeux verts et sa longue chevelure dorée lui donnait l'air d'une tigresse. Sören, pour sa part, ressemblait à un ange
de la Renaissance. Ses cheveux bruns et bouclés encadraient un visage aux traits fins, réhaussé par de magnifiques yeux verts. “Vraiment séduisant, se dit Nicole. Dommage que l'heure ne soit pas
à la bagatelle.” L'avantage d'être assistée par deux Gangrel, c'est qu'ils pouvaient fureter partout sans attireer l'attention de Bismarck. Elle avait fait une assez bonne description de son
ennemi juré, insistant sur son habitude à cracher sur les règles. Ces vampires étaient jeunes, néanmoins, et elle n'était pas certaine qu'ils soient bien conscients du danger que Bismarck
représentait.
Pour l'heure, ils exploraient les bas-fonds de la ville, interrogeant les autres vampires, usant de leur
prérogatives de membres de la cours du Dominus. Quant à elle, elle écumait les boîtes et autres bars de nuit. Elle connaissait ses habitudes de chasse, son goût pour les humains qui traînaient
dans ce genre d'endroits. Elle avait de bonnes chances de croiser ici, et avec encore de chance, elle allait pouvoir le suivre jusqu'à son refuge. Pourtant, elle n'aimait pas compter sur autant
de facteurs aléatoires. Naviguer dans un brouillard d'incertitudes n'était jamais une bonne idée... Mais pour le moment, elle n'aviat pas le choix. Ne possédant rien de lui, elle ne pouvait user
de magie de sang sur ce monstre.
Toutefois fréquenter les boîtes et les bars de nuit représentait aussi un avantage : elle avait la possibilité de
trouver une proie pour elle. L'humanité aurait bien changé si elle ne se dénichait pas un être perverti ou corrompu ici. Pour le moment, elle se laissait submerger par le rythme hypnotique de la
musique ambiante. Un flot de pensées aiguisa soudain son appétit. Sans qu'elle puisse en localiser la source (la boîte était vraiment bondée) elle perçut des effluves de violence contenue, de la
brutalité sourde propre aux prédateurs. Il ne restait plus qu'à appâter... Avec des gestes lents, elle dégraffa quelques boutons de nacre, dévoilant sa chair de porcelaine. Tout en essayant de
paraître le plus humaine possible, elle se dirigea vers le centre de la piste. Tandis qu'elle dansait, elle sentait le désir des hommes glisser sur elle .Elle s'amusait beaucoup de la naïveté de
ces mâles qui croyaient qu'il leur suffisait de jouer les paons et de claquer des doigts pour avoir la fille à leurs pieds. Mais contrairement à ce qu'ils avaient à l'esprit en la regardant
onduler sur le tempo, c'était elle qui était en chasse. Et si elle se fiait à ce qu'elle ressentait, sa proie devait être toute proche. Elle sentait ses pensées lui coller au corps. Où
était-il exactement ? Lequel de ces hommes était-ce ? Avec des mouvements langoureux, elle pivota sur elle-même, cherchant du regard sa proie. Il était là, le mignon, tout près. A la fin du
morceau, elle quitta la piste et s'éloigna ostensiblement. Elle alla s'instaler à une table tranquile, l'oeil aux aguets. Bientôt, elle vit s'approcher un homme grand et musclé, son corps moulé
dans des vêtements qui mettaient sa séduction en valeur. “Puis-je ? Demanda t-il en désignant la banquette.
- Je vous en prie”, répondit Nicole, un fin sourire aux lèvres. Les présentations furent faites, l'homme avait un
prénom d'une tezlle banalité que la vampire n'y prêta que peu d'attention. Il la complimentra sur sa mise et sa façon de danser. “Vous étiez ... ensorcellante, ronronna t-il en se
rapprochant.
- C'était le but, vous savez.” Elle le laissa lui prendre la main. Sa fraîcheur ne parut pas le gêner, il ne
sembla même pas s'en rendre compte tant il était occupé à l'attirer contre lui. Le jeu amusait beaucoup la vampire qui le laissa faire encore un moment. Son sang s'échauffait et n'en serait que
meilleur ... Lorsque les mains de cet homme commencèrent à s'affoler sur les boutons des vêtments de Nicole, elle le repoussa doucement. “Eh bien, eh bien, te voilà bien fougueux
...
- Aucune femme ne me résiste, baby. Aucune.” Et ce disant, son esprit informait Nicole du sort de celles qui
avaient eu l'outrecuidance de résister à cet étalon. “Qui parle de résister, mon chou? Moi, je veux juste faire un tour dehors. Tu viens ?” Il prit la main qu'elle lui tendait avec empressement
et la suivit. L'air frai était bien agréable après la touffeur de la boîte. Elle refusa le blouson qu'il lui proposait. Elle le sentait sur le qui-vive, attendant sans doute que le petit cachet
qu'il lui avait glissé dans son verre fasse effet. Il ignorait toutefois qu'elle ne faisait que semblant de boire. De toute façon, elle préférait une autre sorte de liqueur. Elle l'entraîna loin
de la boîte, le laissant gazouiller à son oreille, lui laissant croire que c'était lui qui menait le jeu. Tandis qu'ils marchaient, elle aperçut du con de l'oeil Sören et Martha, accompagnés d'un
troisième vampire. Elle se laissa conduire jusqu'à une voiture, un modèle sportif et tape à 'oeil. Dès qu'il fut installé au volant, ses mains furent prises de frénésie. Nicole subit un moment
les caresses maladroites de cet homme puis, lorsqu'elle en eut assez, elle les chassa comme des insectes importuns. “tu as froid, bébé? Tu veux que je mette le chauffage?
- Non, non, tout va bien.
- Ok ...” Ses doigts s'agacèrent sur les boutons de nacre de la chemise de Nicole. Elle sentait son sang
s'affoler, ses mains chercher le contact de sa peau. Son esprit, quant à lui, rugissait d'impatience. Il la voulait, qu'elle soit d'accord ou non. Mais elle aussi le voulait, mais pas de la façon
qu'il croyait ... “Allez, laisse-toi faire, s'écria t-il, à bout de patience.
- C'est ça que tu leur as dit?” chuchotta Nicole. Il eut un mouvement de recul, léger mlais perceptible. “De quoi
tu parles, là? Ecoute, si tu veux, on peut aller ailleurs.
- Non, on est bien ici. Très classe, ta caisse. Non, moi je parlais des femmes que tu as déjà violé. C'est ça que
tu leur dis?
- Comment ça violé? Mais tu es qui au juste?” elle ôta ses lunettes noires, les rangea avec soin sur le
tableau de bord. Elle lui offrit son plus beau sourire et c'est avec satisfaction qu'elle vit l'effroi se peindre sur son visage. “Qui je suis? Je crois que tu sais qui je suis. Je t'ai
choisi, vois-tu, fit-elle en lui caressant la joue. Je t'ai choisi car tu es une âme vile, qui se complait à martyriser les femmes.” Elle scella ses protestations d'un doigt glacé. “Ne me dis pas
que c'est faux, je sais ce que tu es. C'est pour ça que je suis ici, avec toi. Je vais débarrasser le monde de ta présence, et toi, en échange, tu vas me donner ton sang.” Elle usait de ses
pouvoirs d'hypnose sur cet home car elle ne voulait pas qu'il crie, qu'il supplie ou se débatte. Même si elle aurait bien aimé entendre ce violeur supplier pour sa vie, elle n'avait pas le temps
pour ce genre de futilité. Elle sentait que son ennemi était proche, plus proche qu'à n'importe quelle autre époque et ne comptait pas le laisser filer. Oh que non ! Il avait commis l'erreur de
s'encombrer d'une goule et d'un otage, à elle d'en profiter. Tandis que sa proie tendait docilement son cou, elle laissa la soif l'envahir. Elle entendait le sang rugir à ses oreillles, sentait
les souvenirs de débauche de sa vistime ramper dans son esprit. Les cris, les pleurs d'une dizaine de femmes lui résonnèrent tant et si bien aux oreilles qu'elle brisa l'envoutement. Il voulut
crier de terreur, mais la main du vampire était implacablement collé sur ses lèvres. Il émit des geignemements de terreur face aux ombres qui le dévoraient petit à petit.
Une fois prélevée l'ultime goutte de sang et le coeur complètment desséché, Nicole Pavalli alla le déposer dans le
coffre, sans plus de cérémonie. Les clés était sur le démarreur et la voiture ronronna dès que le contact fut mis. Elle manoeuvra jusqu'à sortir de la ruelle, puis elle s'engagea dans le traffic.
Elle roula un moment et finit par retrouver les trois Gangrel. Ils montèrent sans un mot. Sören s'assit à côté d'elle, laissant la banquette arrière à Martha et au troisième vampire. Bien qu'ils
soient sur leur territoire, ils attendirent qu'elle leur adresse la parole pour parler. “Un entrepot, près du port, a l'air suspect”, révéla Sören. En mettant le cap vers la mer, Nicole Pavalli
ne put s'empêcher de sourire.
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